lundi 14 juillet 2008

38 -17. L’aigle




Les Hyènes ! Parlons en !
Des bergers en guenilles, gardant de maigres troupeaux : Quelques chèvres, 2 ou 3 brebis, une vachette qui ressemblait plus à un porte – manteau qu’à un bovin, le tout encadré par un chien famélique qui aboyait en réclamant du pain.
hops ! hops ! hops ! qui veut dire : du pain !du pain ! du pain ! en arabe
Ces jeunes malheureux était à la solde du Caïd : ils gardaient les animaux du notable surnommé l’Aigle : Au village on l’appelait ainsi parce qu’il habitait sur les hauteurs une maison avec une tour, le tout accroché à la falaise comme le nid d’un rapace. Sa demeure surplombait le village, la vallée et la plaine ; il paraît que par temps clair, de la haut, on pouvait y voir la mer. Bref ! L’Aigle faisait jaser : il possédait toute la montagne ; il avait quatre femmes, une vingtaine d’enfants et plusieurs frères de l’âge de ses enfants. Il faisait des apparitions au village pendant les cérémonies au monument aux morts. Il était grand, hautain, mystérieux, le regard affûté comme les serres de son pseudonyme. Il s’intéressait beaucoup aux femmes blanches, on prétendait que son tableau de chasse n’était pas négligeable. Il portait majestueusement la djellaba en poils de chameau. Il arborait une batterie de décorations pour faits de guerre dans l’armée française pendant la pacification du Rif au Maroc ;Il avait la main mise sur un millier de bêtes, sur les charbonniers et quelques centaines d’hectares de forêt : chênes liège, caroubiers, oliviers, arbousiers : un vrai seigneur, une cour et des cerfs en guenilles et ‘boumentelles.’. Il avait la réputation d’être une fine gâchette : quelques privilégies avaient l’autorisation de chasser le sanglier sur ses terres. Le « halouff » ne l’intéressait pas. Le grand père Forêt braconnait le cochon avec la bénédiction du Caïd, et tout l’hiver nous mangions du confis de sanglier

dimanche 13 juillet 2008

37- 15. Le trou du Négro


L’été arriva très vite. Notre père remit en état les vélos. Nous renouvelâmes les estaques : A ce propos, nous étions experts pour façonner des manches en bois d’olivier.
La recette ? :
Cueillir une jeune branche d’olivier en Y avec un V bien symétrique et régulier
A l’aide de fil de fer, et d’une cale, façonner le V pour en faire un U, ligaturer à 8 centimètres
Passer au four afin de sécher le bois vert, le séchage est à point dès que le bois change de couleur
Réaliser à la lime triangulaire 2 entailles au point de fixation des élastiques
Découper dans une chambre à air de camion les élastiques en bandes de 1 centimètre de large sans créer d’amorce de cassure
Récupérer dans la poubelle du bourrelier de madame Lévy une chute de cuir souple
Découper le cuir en forme de haricot, ménager 2 trous pour fixer les élastiques, etc. ….etc.
Le tout assemblé constituait une arme redoutable pour les volatils et les chiens errants.
Ainsi nous étions prêt pour sillonner la campagne, les rivières, les vergers et même viser les volailles en liberté. Nous profitions de l’heure de la sieste pour mener à bien nos expéditions jusqu’à la tombée de la nuit ; c’est alors que nous mettions à profit l’obscurité pour chasser les moineaux à la lampe électrique : nos journées étaient bien remplies.
Souvent, en pleine chaleur, au mois d’août, nous allions nous baigner à la rivière : un affluent de la Tafna ; plus exactement, nous allions au trou du Négro .
Le trou en question avait sa légende. Celle –ci excitait notre curiosité, nos angoisses et notre témérité. Le site portait le nom de celui qui après un plongeon ne retrouva plus jamais la surface et le ciel bleu. On racontait qu’il était mort de congestion après avoir manger une pastèque avant la baignade ; on racontait aussi qu’il avait été aspirer par le gouffre, et qu’il était resté coincé sous les roches creuses : celles-ci résonnaient sous nos pas ; enfin, certains parlaient de « djenouns ». ET là, mystère, c’était la confusion : le diable, les revenants, les morts, le purgatoire, le négro, l’abbé François, les fantômes hantaient nos conversations et nos nuits.
On allait malgré tout au trou du Négro. Les plus hardis et ceux qui savaient bien nager s’y baignaient. Le cadre était splendide : d’énormes blocs, arrondis par l’érosion et les crues servaient de cadre et de plongeoir naturel. Le trou était profond, l’eau transparente ; des végétations généreuses et des vignes sauvages s’accrochaient aux caroubiers et aux oliviers centenaires. Toute une faune y vivait : les merles, les palombes, les pigeons, ramiers, y allaient de leurs sifflements et de leurs roucoulements. Les grenouilles croassaient dans les joncs et les lauriers roses, prêtes à plonger à la moindre alerte. On se prenait pour Tarzan, il n’y manquait que Tchita et les crocodiles, nous étions les rois de cette jungle : la vallée résonnait du cri de Tarzan que l’on imitait à merveille. Avec nos lances- pierres on s’exerçait sur les grenouilles et les libellules en vol stationnaire, on se baignait malgré les serpents d’eau. Les « yaouleds » des douars voisins nous observaient à distance en surveillant leurs chèvres. Ils en profitaient pour se livrer à quelques rapines à nos dépends : je du mettre une croix sur ma chemisette du dimanche, Lucien Florès y laissa ses sandalettes et Rigail son pantalon. Tout cela finissait en affrontement à la fronde de berger : celle –ci claquait comme des pistolets, et les pierres sifflaient sur nos têtes. Très dangereux ces combats ; mais nous n’avions pas peur, on s’exprimait en imitant les Indiens des westerns :
Lions attaquent Hyènes avant coucher soleil !
Nous étions les lions, les justiciers.

samedi 12 juillet 2008

36- 14. Les bonbons de Georgette la confirmation

Nous étions turbulents, et pour récompenser les moins bougeurs, Georgette attribuait aux plus sages, aux plus méritants, un galet de Lourdes : elle allait chercher les bonbons dans la sacristie, les distribuait au compte goutte. La jolie boite décorée de fleurs, et surtout son contenu, excitaient notre convoitise. Un sentiment d’injustice nous étreignait quand Georgette retournait dans la caverne d’Ali Baba planquer son trésor ; et bien entendu, un commando organisa un casse sur les friandises de Georgette :
Marcelin Facoundo détenait les clés de l’église puisqu’il était chargé de l’angélus et qu’il se destinait au séminaire. Ces responsabilités ne lui donnaient aucune autorité sur nous, il avait notre âge ! Alors, un jour, pendant qu’il carillonnait l’angélus de 6 heures, deux équipes se partagèrent le travail, l’une faisait diversion, l’autre investissait la sacristie : miam-miam les bonbons.
Georgette fit son enquête !
Le coupable ?
Les absents ont toujours tort !
Raymond qui était pensionnaire à l’E.P.S. à Tlemcen était le coupable idéal, Georgette eut vite fait de nous confondre, elle nous tira du purgatoire et nous jeta en enfer. Le plus difficile fut d’aller à confesse et de trouver les mots pour demander l’absolution à l’abbé François.
Le jeudi après midi, Raymonde Cassé nous apprenait des bouts de messe en latin, des cantiques, en présence des filles. L’ambiance alors changeait. Le cœur de chacun battait pour sa chacune. C’était l’occasion de faire le beau, le gentil : la mixité avait ses avantages. On reluquait la travée des filles espérant un regard, un sourire. Les plus hardis échangeaient des billets doux : on y trouvait le plus souvent un cœur dans lequel s’entrelaçaient nos initiales. Jeannot Bontaz et Raymond Martinez étaient en compétition pour la conquête d’Hermine Florès, mais celle-ci les ignorait. Ils se battaient à pure perte.
Nous fîmes la communion en culotte courte car les costumes coûtaient trop cher. L’évêque d’Oran se déplaça pour la Confirmation : devant L’autel, nous prononçâmes notre serment en ces termes :
« Je renonce au démon, à ses pompes et à ses œuvres
Je m’attache à Jésus, à Marie pour toujours »
Il y eu un petit lunch. A cette occasion et pour la première fois, je fis connaissance avec la griserie des boissons alcoolisées. Je me suis aperçu de rien ! En fait, je bafouillais des réponses incohérentes à ma mère qui s’inquiétait de voir ma tête rouler sur mes épaules :
Mais il est saoul ! qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu ?
Elle me frictionna avec de l’eau de Cologne et m’envoya au lit.
L’évêque rembarqua dans une berline noire avec sa suite empressée et froufroutante au milieu de la foule qui n’en finissait pas de baiser sa bague et de se prosterner en génuflexions

36- 13. Le catéchisme avec Georgette, la confirmation






Nous allions à l’école, nous allions aussi au catéchisme, à la messe et quelque fois aux vêpres.
Georgette se chargeait de nous préparer à la première communion : de onze heures à midi, rendez-vous sur les bancs de l’église trois fois par semaine et le jeudi après midi pour les chants liturgiques avec Raymonde Cassé.
Georgette devait avoir beaucoup de patience avec nous : ses garnements. On la surnommait Marie Antoinette puisque son postérieur ressemblait à celui qui remplissait les crinolines au temps des rois. Elle était raide comme la justice dans son corset à baleines qui avait du mal à contenir toute son anatomie. Elle se donnait des airs de Pompadour, avec ses cheveux et ses anglaises. Elle était sûrement royaliste avec son nez enfariné de poudre blanche.
Elle nous apprenait les prières : le notre Père, le je vous salue Marie, le je crois en Dieu et bien d’autres encore.
On ne se passionnait pas pour les questions du genre :
Qu’est ce que Dieu ?
Qu’est ce que l’Eucharistie ?
Qu’est ce que le Saint-Esprit ?
Par contre, le confessionnal nous faisait peur à l’idée que nous étions obligés de raconter nos bêtises ; alors, nous inventions des formules laconiques qui voulaient tout dire et pas grand chose. Après l’acte de contrition et la pénitence nous étions lavés de nos péchés, nous étions soulagés. Surtout quand l’abbé François nous donnait L’absolution en nous disant :
Allez en paix mon enfant ! Nous étions purs, mais pas pour bien longtemps.


Nous fîmes la communion en culotte courte car les costumes coûtaient trop cher. L’évêque d’Oran se déplaça pour la Confirmation : devant L’autel, nous prononçâmes notre serment en ces termes :
« Je renonce au démon, à ses pompes et à ses œuvres
Je m’attache à Jésus, à Marie pour toujours »
Il y eu un petit lunch. A cette occasion et pour la première fois, je fis connaissance avec la griserie des boissons alcoolisées. Je me suis aperçu de rien ! En fait, je bafouillais des réponses incohérentes à ma mère qui s’inquiétait de voir ma tête rouler sur mes épaules :


36- 12. L’âne et la petite bourrique


En ce qui concerne le parking, il y avait la remise de madame Lévy au fond d’une cour : une écurie 3 étoiles mitoyenne à la maison des Sintas, sous le prétexte d’aller chez Françoilou on se retrouvait dans la remise à organiser des rencontres amoureuses entre les pensionnaires de madame Lévy : ainsi, au cours d’un jeudi printanier, une jeune ânesse qui avait ses premières chaleurs, se retrouva sous les sabots d’un âne énorme qui transperça la pucelle qui en perdit connaissance et se retrouva comme morte sur la paille du lit conjugal : mata ! Sauf qui peut ! Nous étions persuadés que la petite bourrique avait succombé à l’épreuve. Sur le coup de midi, inquiets, nous sommes retournés à la chambre nuptiale où notre victime avait retrouvé ses esprits, son équilibre sur ses 4 pattes et semblait heureuse de son sort ainsi que d’un espoir de maternité. Nous étions heureux ! Nous ne voulions pas du mal à la gentille petite ânesse.

35- 11. Les courses à bourricots

Le jeudi, était jour de marché ; il n’y avait pas classe. Nous étions libres, les indigènes descendaient au village y vendre leurs productions, leurs cueillettes, leurs chasses : légumes, caroubes, olives, volailles de toutes sortes, moutons, perdreaux, lièvres. Ils arrivaient tôt le matin avec des choiris pleins à craquer. Ils garaient leurs animaux ânes moutons, mulets, à l’entrée du village ; ce parking était notre lieu de prédilection ainsi que la remise de madame Lévy ; nous y trouvions des amusements à la mesure de notre turbulence.
D’abord, on choisissait un âne à notre taille, il y avait un choix considérable ; après un essai sur son humeur et ses aptitudes pour le trot ou le galop, et pour répondre aux directives d’une badine, nous partions dans les rues adjacentes organiser des courses de bourricots : de véritables corridas ; d’abord sur les quadrupèdes aux grandes oreilles qui n’étaient pas toujours coopératifs, ensuite, sur nos propres jambes, afin d’éviter de rendre des comptes aux propriétaires ; ces derniers, en fin de matinée, cherchaient leur âne afin de regagner le «douar » ; certains le prenaient en riant, mais d’autres plus agacés nous menaçaient de leur bâton : la matraque, ou même leur couteau
Comme ils avaient raison ! .mais les menaces nous passaient par-dessus la tête et le jeudi suivant nouvelles corridas.

vendredi 11 juillet 2008

34- 10. Pépère trouve un travail

Pépère, qui avait été jusque là un grand-père distant, pour ne pas dire indifférent, commença une carrière dans l’art d’être grand-père et Miquette devint tout naturellement sa chou- chou ; en fait elle était la chou- chou de toute la famille. Mais le grand-père, lui, découvrait une véritable vie de famille, à l’écart du bistro et des plaisirs faciles ; et puis il y avait la photo de Pauline le soir qui lui demandait des comptes : il prit conscience, les difficultés du pain quotidien, mais aussi l’amour, la solidarité, la gaieté, la générosité du foyer furent le terreau de sa conversion ; dès lors, il s’occupa du potager, des poulaillers, du bois, des arbres fruitiers et puis il trouva un travail avec la complicité de son gendre : il gagnait son argent de poche, il fumait de moins en moins. De temps en temps il revenait du boulot via le café de Marcovitch : le rendez-vous des beloteurs, des joueurs de foot, on racontait même des joueurs de poker et des buveurs d’anisette.
Le grand-père comprit que nous avions besoin de surveillance et d’occupation pendant les vacances. Il fit de Raymond un garçon de café, puisqu’il avait ses entrées chez Marcovitch le cafetier. Je revois mon aîné avec un tablier bleu à grande poche où il fourrait son décapsuleur et ses pourboires.
Il m’amenait à son boulot et il m’affecta à la bascule pour peser les sacs de blés pendant qu’il notait les poids sur un carnet à souches roses ; il parlait parfaitement l’Arabe, avec autorité, mais toujours avec justice, ce qui lui valait l’estime des indigènes. Il inspirait le respect avec sa corpulence et sa voix de sentor. Les Arabes l’appelaient le Marlem.
Mon grand-père devint mon maître d’apprentissage, et il prit le temps de m’apprendre à utiliser la bascule, à faire la tare, à régler le balancier, même à peser juste avec une balance fausse ; autant d’opérations qu’on ne nous avait pas apprises dans la classe du certificat d’étude.
Le jardin de la maison Hernadez; Pépère travaille le jardin, élève des poussin, des lapins, des perdreaux plante des chrysanthèmes fabrique un portique

dont Janine profite Soigne les arbres Travaille pour le maire Mr Barthe et le soir je suis sûr qu'il sourit à la photo de Pauline la tête haute